L'entêtant parfum des magnolias du jardin imprégnait la cuisine d'une douceur orientale. Ma mère au fourneau préparait une daube d'agneau. Nous étions en avril, des pruneaux séchés s'étalaient sur la table.
La clarté de cette fin de matinée emplissait la pièce d'une chaleur d'été, l'air bruissait de multiples saveurs. Un papillon pressé vint un instant se mêler aux odeurs de cannelle, il repartit vivement vers le jardin. Ma mère s'activait avec légèreté, en gestes précis, mille fois répétés. Du haut de mes cinq ans, j'observais.
Le spectacle de son savoir me faisait saliver. J'attendais le plaisir, le moment certain où, en se retournant, elle me dirait, souriante : « Tu veux goûter ? » Tellement heureux de cette certitude que je priais le ciel qu'elle m'oublie encore quelques instants.
Pour la daube, on se levait tôt. Nos dimanches étaient des voyages d'effluves, des paysages mijotés aux échalotes, renforcés par la ciboulette, dédiés aux quartiers de viande qui réduisaient à feu doux. Ce ravissement du nez semblait très régulièrement attirer des amis promeneurs. Madame André passait la tête : « Eh bien, qu'est-ce que vous nous préparez comme merveille ? » ce qui ravivait ma joie. Une « merveille », c'était bien ça. Jusqu'à un âge trop avancé pour le dire sans rougir, j'ai cru que ce mot désignait les odeurs.
Mon frère et moi entamions la matinée par des jeux de billes, allongés sur le tapis de la bibliothèque. Nous révisions nos classiques en prévision du lundi matin où il nous faudrait affronter les champions de l'école. Pour l'heure, les champions c'étaient nous. On jouait à une bille pour cinq, parfois à une bille pour dix – un jeu que je déconseille aux amateurs, aux apprentis qui souhaitent faire carrière. Le temps s'écoulait au rythme des petits chocs de nos sphères en verre.
Bientôt fatigués de ces roulements, on se glissait dans la cuisine dans l'attente du commencement. « Ne restez pas là les enfants, ou alors aidez-moi. » C'était la phrase magique que nous espérions. Attablés, les pieds ballants sous nos chaises de grands, nous aidions, avec délectation. Il nous fallait remuer les crèmes, participer au mystère des œufs battus en neige, mélanger le chocolat et, ultime joie, porter délicatement à nos bouches la grande cuillère en bois.
La mousse ! Onctuosité et consistance. Léger bruissement des bulles d'air. Vaine résistance des matières : « Je me rends ! Je me rends ! » semblent-elles dire en se pâmant.
À midi pile, mon père descendait du bureau. Nous passions au salon où l'on dressait la table. Courses-poursuites dans le couloir de la buanderie pour apporter les assiettes, pour porter les couverts, pour amener les salières – de minuscules tonneaux de verre – chacun avait la sienne, et au loin un affectueux rugissement paternel « Calmez-vous les enfants ! » qui suscitait en chœur la réplique attendue : « Oui Papa ! »
Venait ensuite l'instant, le bref cérémonial, le plat couvert porté avec application, le fruit du matin, le résultat des courses, le lieu originel des odeurs, des saveurs. Posé avec une fierté amusée par ma mère, il inondait la table de merveilles à venir. On lui répondait presque inconsciemment par trois profonds soupirs.
Nos dimanches s'écoulaient dans la légèreté du temps.